© Mikha Wajnrych
© Sebastian Marcovici
Cie Mossoux-Bonté

Presse

Vêtue de pourpre, les cheveux en cornette, jouant tantôt les feux follets, tantôt les catéchumènes mortifiées, [Nicole Mossoux] meuble à elle seule le plateau profond et vide comme un jour sans prière […].

Sans donner dans le détournement blasphématoire ni dans l’esthétisme poétique, optant plutôt pour la précision pantomimique des gestes et le dessin concret des états d’âme, Nicole Mossoux nous donne un spectacle « néo-confessionnel » dont les attendus mis en scène par Patrick Bonté sont inépuisables ! Ainsi nous montre-t-elle ce qui advient du corps dans cette tragi-comédie du sacré et comment ce corps, toupie mûe par un chapelet de gestes aveugles, trottine, ratiocine dans l’officine des occupations rituelles.

Effeuillant la corolle des saintes habitudes et ayant bien soin d’en faire valoir, par le mouvement, la dialectique masochiste, la danseuse voyage à travers l’enfance pieuse jusqu’à recréer, très justement, ce climat de fascination-répulsion qui en affecte le quotidien et marque, une fois pour toutes, une façon spécifique de se situer dans l’espace. Ainsi, au-delà des images du Christ en majesté, des réminiscences de la Vierge et de la béatitude, à travers les grondements des Portements de Croix, des Mises au Tombeau et autres Visitation, c’est du combat avec l’Ange que la danseuse nous parle, de la conscience éternellement tentée et damnée.

Danièle Gillemon, Le Soir / décembre 1985

 

Maîtrisé et inspiré, ce travail remarquable devrait réconcilier avec la nouvelle chorégraphie tous les indécrottables béotiens qui lui reprochent de n’avoir pas assez souvent quelque chose à dire. 

Stéphane Jousni, La Libre Belgique / décembre 1985

 

Nicole Mossoux fait sauter les verrou[s] du rituel religieux, ensorcelle le corps saint et ses tabou[s], séduit les images sacrées jusqu’à épuisement.

C. Le B., La Dernière Heure / décembre 1985

 

De nos jours, une danse sérieuse sur un thème religieux est rarement couronnée de succès. L'interpréter dans un esprit blasphématoire ou la tourner en parodie est un exercice d'équilibre méticuleux. Nicole Mossoux, dans son Juste Ciel, n'a fait ni l'un ni l'autre, et a trouvé la note parfaite avec une œuvre chorégraphique qui transmet les sentiments partagés d'une personne qui se remémore les souvenirs de son enfance catholique.

Luisa Moffett, The Bulletin / décembre 1985

 

Une présence. Une formidable présence. Un corps qui bouge. Vraiment fascinant. Recueilli, secoué de spasmes, debout, rampant, courbé, ironique, sans gêne, expansif, hésitant. Un corps toujours en recherche. Et puis des bras. En extension, recroquevillés, pliés, verticaux. Et au bout des mains qui occupent l’espace, se l’approprient, le possèdent, le transfigurent. Des mains qui ne sont plus des mains sur un corps qui n’est plus un corps.

Emergeant de ce corps tantôt rouge, tantôt blanc, une boule de feu. Un visage de marionnette à jamais impassible et ne cessant pourtant d’être en mouvement. Un visage ouvert, lisible, évident et pourtant mystérieux, étonnant, merveilleux.

Un corps habité de musiques et de bruits. De rupture. Une musique douce ou disharmonique, des bruits réalistes, hyperréalistes ou impossibles. Des sons mimés, des sons évoqués, des sons habités. Ils viennent de partout, de nulle part et de l’intérieur. La danseuse les capte, les sent, les vit et les renvoie en pâture à notre imagination en éveil. Tout n’est qu’évocation. Le cloître, la cloche, le martyre, le saint, tous les tableaux passent par le prisme de nos yeux pour vivre dans nos têtes.

En enfin, l’humour. Présent. Partout. Dans un geste, un regard, une note, un claquement. Nicole Mossoux est une magicienne qui opère à cœur ouvert.

Michel Paquot, La Cité / mars 1987

 

A  mi-chemin  entre  la  danse  et  le  théâtre  de  geste,  Juste  Ciel  donne  aux  croyances  une  présence  que chaque  spectateur  peut  éprouver,  fut-il  le  plus  convaincu  des  mécréants.  Nulle  foi  ni  compréhension  ne sont requises : il s’agit simplement de regarder avec sincérité ce que nos corps deviennent dans le vécu de ce qui, quelquefois, nous dépasse.

Charles-Henry Boland, Demandez le programme / décembre 2012