© Danièle Pierre
 © Julien Lambert
Cie Mossoux-Bonté

À propos de fantômes

Le 16 juin 2016 les étudiants DESS de L’UQAM (Université du Québec à Montréal), présentaient une restitution de quatre semaines d’un atelier centré sur la présence scénique en relation avec le vêtement et ses déclinaisons marionnettiques.

A partir de quand le vêtement que je porte prend-il une autonomie, se mue-t-il en présence fantomatique et pourtant palpable, comme dans l’enserrement des plis du corps, le frôlement que perçoivent les jambes ou le soutien qui rassure les hanches.

Est-ce moi qui le porte ou lui qui me maintient debout et décide de ma façon de marcher ? Quelle excroissance se perche sur mon épaule qui fait croire à un observateur silencieux, quel trop vaste manteau me donne des airs de mammifère marin, quel col empesé me statufie, quel corset me transporte exsangue au temps des femmes soumises.

La marionnette commence là où l’humain est en contact avec la matière et qu’il se laisse guider par elle, qu’il l’écoute, puis s’en empare pour lui désigner un récit : un gant jeté sur la table puis repris, une cape au vent, une cordelette de taille peuvent se transformer assez facilement en partenaires de jeu. Il suffit de prendre une distance - à la fois physique et mentale - avec une pièce de vêtement pour que celle-ci s’autonomise, qu’elle s’anime. 

A peu près tous les éléments du vestiaire ont une charge émotionnelle : il y a ceux qui ont participé de nos rassurances et nos audaces, nos tentatives de séduction et nos ratés, ceux qui ont été mal à propos ou redondants. Ça se passe dans la tension entre la conscience de l’image portée, et la sensation intime.

Les jeux et les enjeux de ce laboratoire : donner une forme scénique à ce rapport fantasmé, en le transposant, en l’articulant pour en faire apparaître les points forts, les émotions partageables (sortir du fantasme en fait). Le vêtement est pris en compte dès la préparation physique, à l’entame de la journée : par exemple, l’intention de mobiliser son vêtement via le contact de la peau. Il est ensuite intégré à des exercices de composition où il joue soit le rôle de déclencheur, soit de « variateur », une même scène étant par exemple exécutée dans différents états vestimentaires. On aborde ensuite des improvisations, en individuel ou en groupe, souvent en duo : le couple de l’habilleur et d’habillé, des chimères, des êtres siamois.

 

Conception Nicole Mossoux
Interprètes Noémi Bélanger, Céline Chevrier, Elise Ducrot, Guillaume Ethier, Flavia Hevia, Victoria Jehanne, Marie-Eve Lefebvre, Shawan Lesser, Julie Peters-Desteract, Laurence Petitpas, Claudine Rivest, Marcus Tissier, Kristina Trostke et Cécile Viggiano
Assistanat et régie Geneviève Boileau