© Natacha Belova
© Mikha Wajnrych
Cie Mossoux-Bonté

Retours de spectateurs

Six couloirs occupant la scène, le fond dans l’obscurité, l’ouverture, vers la salle, éclairée.

Dans chaque couloir, une forme d’allure humaine. Six formes.

Ces formes animées mais indéterminées arrivent de l’obscur, sortent de l’ombre, dans un mouvement d’abord très lent, presque imperceptible, comme indécis, qui s’affirmera toujours davantage, gagnant en force et en vitesse, en puissance.

Sortir de l’ombre, se mouvoir, devenir visible, être dans la lumière, revenir vers l’ombre, disparaître, réapparaître. Des flux. Aller-retour. De l’obscurité vers la lumière. D’un dedans de la création, vers le dehors de son expression.

A chaque émergence, la forme change, de peau, ou d’habit, de visage, ou de masque ; la forme du flux change également, plus doux et souple, plus violent et haché. Parfois, la forme humaine change de couloir, reconnaissable, par l’habitude des signes physiques, mais surtout par l’individualité d’un style, au-delà de la similitude des formes et des flux. Transformations.

Une musique tantôt entêtante, tantôt surprenante, hésitant entre le bruit et la composition. Ponctuation des flux, animation des formes.

Changements de couloirs des formes au cours de leurs plongées/émergences itératives dans/de l’obscur, comme des passages d’un canal de communication à un autre, d’un segment de l’espace à un autre.

S’y ajoutent des communications organiques entre les formes occupant des couloirs contigus, membres passant d’une forme à l’autre, s’échangeant, se complétant.

Puis ce sont des formes elles-mêmes qui se trouvent partageant le même couloir, où les corps entiers se confondent, s’échangent par parties, se dissocient, se recomposent.

Dans ces processus à la fois discontinus et secrètement articulés, les différenciations s’accentuent, de manière progressive, incomplète, avec des avancées et des reculs, prise, déprise, reprise. Des cheveux, des seins, se découvrent, sans que l’ambiguïté pour autant ne disparaisse.

Enfin, moments de regroupement des formes dans la lumière, dans l’espace de la scène entre les couloirs et la salle. Où elles se mêlent, interagissent, entrent en relation, dialoguent. Ebauches de liens dans le groupe. Fragiles, suspendus, mais qui marquent l’amorce des processus de leur établissement toujours mobile …

Jean-Paul Matot, Psychanalyse.be / octobre 2022

 

La compagnie se lance [avec Les Arrière-Mondes] dans un voyage troublant à travers l'espace et le temps. Entre des rideaux de gaze noire, qui donnent l'impression de couloirs infiniment profonds, six danseurs évoluent sur des sons baroques dissonants, des rythmes techno et des sons industriels assourdissants. En explorant physiquement le rapport entre le groupe et l'individu, la mise en scène joue avec les moyens du théâtre de marionnettes pour relier et fragmenter les unités physiques. Plusieurs mains cherchent à saisir un visage telles des araignées, des jumeaux habillés à l'identique interrogent les notions de "même" et de "différent", le corps d'un danseur, éclairé de manière pointue, disparaît derrière un visage qui émerge du noir et se déforme en une grimace oscillante.

Cette figurativité spécifique des danseurs résulte en particulier des costumes à l’imagination débordante, qui influencent de manière déterminante la forme du corps et le répertoire de mouvements, et qui varient d'une scène à l'autre en utilisant parfois des masques faciaux, des tissus de plusieurs mètres de long et des formes d'extensions corporelles et de perruques. Rythmée et dansée avec une précision magistrale, la mise en scène suscite une foule d'associations, comme une chevauchée à travers l'histoire de notre culture, tout en traitant des angoisses humaines largement partagées et des sentiments de fin du monde.

Jessica Hölzl, Die Aktuelle Kritik, Deutsches Forum für Figurentheater und Puppenspielkunst e.V. / juin 2023